D’une ampleur record, l’épisode de sécheresse de cet été a impacté le territoire dans de nombreux domaines. A commencer par l’accès à la ressource en eau, avec la nécessité d’une démarche collective de sobriété.
L’été 2026 restera inédit à de nombreux égards : records de chaleur, de jours de canicule, de sécheresse… Sur ce dernier point, le territoire a été placé en "crise", le plus haut niveau d’alerte, par un arrêté préfectoral du 18 août, et était toujours à ce niveau fin septembre. A Montjean-sur-Loire, le débit du fleuve était alors d’environ 100 m3 par seconde. "C’est près de cinq fois moins que le débit normal à cette période"
, commente Frédéric Esperet, directeur du service Eau et Assainissement d’Angers Loire Métropole. Et malgré des mesures drastiques d’économie, qui amènent les collectivités à réduire leurs consommations d’eau de 95 %, la consommation globale a elle atteint des niveaux très élevés : "Nous avons connu des pics de 80 000 m3 par jour, contre environ 50 000 m3 à l’été 2023 qui a lui aussi été marqué par des épisodes de canicule
, souligne Jean-Paul Pavillon, vice-président en charge de l’Eau.
La consommation augmente en fait proportionnellement à la chaleur : les gens cherchent à se rafraîchir, notamment en prenant plus de douches."
Des risques de pénurie au robinet ?
Ressources limitées et consommation élevée : la combinaison parfaite pour une possible pénurie ? “Toute l’eau potable d’Angers Loire Métropole vient de la Loire. Ce que nous y prélevons est très faible au regard du débit du fleuve, donc pendant longtemps nous avons cru que nous étions à l’abri de ce risque
, explique Frédéric Esperet. Mais au regard de ce nouveau contexte climatique, la possibilité d’une coupure d’eau ces prochaines années ne peut plus être entièrement exclue.”
Parmi les facteurs qui amènent à considérer cette hypothèse, le fait que chaque sécheresse puisse potentiellement aggraver les conséquences de la suivante : "Le débit de la Loire est régulé par deux barrages situés très en aval, à Naussac en Lozère, sur l’Allier, et à Villerest dans la Loire,
explique Jean-Paul Pavillon
. Lorsque le débit est trop faible, on ouvre les vannes pour le renforcer. Mais normalement nous ne sommes pas supposés utiliser ces réserves aussi longtemps. C’est un peu comme si on consommait le crédit de l’année prochaine."
L’apport de ces barrages, aussi appelé "soutien d’étiage", ne représente toutefois que 20 % de la ressource utilisée par Angers Loire Métropole, qui dépend davantage d’affluents comme la Vienne. "On surveille son débit de très près, tout comme le taux de remplissage des barrages,
complète Frédéric Esperet. Mais globalement c’est l’ensemble de la ressource qui est affectée."
Quelles pistes pour préserver la ressource ?
Parmi les chantiers déjà en cours pour améliorer la résistance du territoire à la sècheresse, celui de permettre à l’eau de pluie de mieux s’infiltrer dans le sol. En effet sur du bitume ou du béton, les précipitations ruissellent pour rejoindre directement le réseau d’eau pluviale et repartir à la rivière. Sur un sol perméable, l’eau s’infiltre durablement, au bénéfice de la recharge des nappes phréatiques et de la végétation, qui nécessite alors moins d’arrosage. Autre piste : l’utilisation, en hausse, des eaux "non conventionnelles", issues des piscines et stations d’épuration, qui permet d’éviter d’utiliser de l’eau potable par exemple pour l’arrosage ou le nettoyage des espaces publics.
Et bien sûr, reste l’hypothèse de diversifier l’approvisionnement, avec un captage dans une ressource autre que la Loire. Plusieurs pistes sont envisagées, mais Frédéric Esperet prévient : "Il faudra au moins une décennie pour que ce soit opérationnel."
En effet de longues études seront nécessaires avant de construire les installations… et d’adapter le réseau : "Il ne s’agit pas de brancher une pompe sur le tuyau le plus proche. Créer une nouvelle alimentation suppose d’installer de grosses conduites, d’environ 1 mètre de diamètre, pour irriguer tout le réseau. Cela représente des travaux très importants."
Quelle échelle pour agir ?
La thématique de l’eau a ceci de particulier qu’elle dépasse largement les limites administratives du territoire. D’abord au niveau départemental, des interconnexions existent entre les réseaux permettant, au besoin, de répartir la ressource si des collectivités sont en difficulté. Et plus largement, Angers Loire Métropole partage sa problématique avec toutes les agglomérations qui dépendent de la Loire : Blois, Orléans, Tours, Nantes, Saint-Nazaire... toutes sont impactées par les volumes pompés en amont, et les efforts réalisés par chacune bénéficient à celles qui sont en aval. Cette dimension, prise en compte par la stratégie du cycle de l’eau votée en avril 2024 par Angers Loire Métropole, suppose une solidarité entre territoires, avec la nécessité d’une sobriété qui ne s’applique pas uniquement aux périodes de forte sécheresse : "Dans ce contexte de changement climatique, qui bouleverse nos repères, nous devons prendre conscience que l’eau est une ressource que nous devons préserver et partager"
, conclut Jean-Paul Pavillon.
Les arbres ont perdu leurs feuilles pour se protéger
Tout observateur un peu attentif l’aura remarqué : des chutes de feuilles dignes d’un automne étaient visibles au pied des arbres, en plein mois d’août. Une réaction à la sécheresse ? "C’est un moyen pour les arbres de se protéger, en concentrant la sève dans les branches, troncs et racines"
, confirme Fanny Maujean, directrice du service Parcs, Jardins et Paysages. S’agissant des jeunes arbustes, trop jeunes pour résister à la sécheresse et à la chaleur, des dérogations ont permis de les arroser : une condition indispensable pour les préserver et leur permettre de jouer plus tard leur rôle d’îlots de fraîcheur. Enfin concernant les végétaux les plus fragiles, notamment certains fleurissements, les agents étaient à pied d’œuvre pour les protéger, en les retirant de l’espace public pour les mettre à l'abri dans les serres municipales.
"Il faudra attendre le printemps prochain pour pouvoir réellement faire le bilan de la sécheresse de cet été"
, poursuit Fanny Maujean. Une inquiétude particulière concerne notamment les espaces enherbés sur dalle, comme l’esplanade Cœur de Maine. “Ce qui est certain, c’est que la succession de ces épisodes année après année fragilise les végétaux, et nous observons déjà des taux de mortalité en croissance.”
Identifier les variétés résistantes
Cet enjeu est cependant pris en compte depuis plusieurs années par la collectivité, qui veille à adapter les plantations au contexte du changement climatique. Notamment par le biais de l’étude Sesame, avec l’objectif d’identifier les variétés résistantes au réchauffement, mais aussi adaptées à l’environnement urbain et aux objectifs visés (îlot de fraîcheur, refuge de biodiversité, qualité de l’air…).
Des conséquences aussi pour l'état de la voirie
Lorsque l’on pense aux conséquences du changement climatique, l’impact sur l’eau potable et la végétation vient naturellement à l’esprit. Mais la voirie est aussi concernée. "Les extrêmes ne sont jamais bons, et cette année nous avons eu des périodes de très fortes précipitations suivies d’une très longue sécheresse"
, relève Patrice Lebreton, responsable du service Gestion du patrimoine à la direction Voirie communautaire d’Angers Loire Métropole. Résultat : le sol gonfle, surtout sur les terrains argileux qui retiennent l’humidité, puis se contracte sous l’effet de la chaleur et de l’absence de pluie, avec un risque de déformation de la chaussée. Celle-ci peut prendre différentes formes selon le type d’environnement. “Sur les ponts et passerelles, une humidité résiduelle piégée sous les chaussées peine à s’évaporer naturellement
, explique Nicolas Le Bas, responsable des ouvrages d’art. Lors d’épisodes climatiques extrêmes, cela peut se traduire par l’apparition de cloques sur le revêtement.”
Expérimentation du lait de chaux
Autre conséquence celle-là directement liée à la chaleur : le "ressuage". “C’est ce que l’on voit lorsque le bitume ramollit et devient collant,
indique Patrice Lebreton.
Le problème est alors qu’il recouvre la couche de granulats à la surface de la chaussée, qui perd en adhérence.”
Même si pour l’instant ces dégradations n’ont pas nécessité de fermeture de voie, elles sont surveillées de près par la direction de la Voirie. "Au-delà des petites interventions ponctuelles, le problème est surtout le vieillissement prématuré du réseau,
poursuit Patrice Lebreton.
Une réflexion est en cours pour expérimenter l’utilisation du lait de chaux, afin de blanchir la surface des chaussées pour limiter ou ralentir la montée en température due au rayonnement solaire."
Les terrains de sport fermés à la pratique
La sécheresse, et l’interdiction d’arroser qui en découle, ont de grosses conséquences sur l’état des terrains de sport. Ainsi à Angers, la pratique est interdite sur l’ensemble des terrains enherbés depuis le 4 août. "Il n’y a quasiment plus de gazon et la terre est très dure, ce qui crée de gros risques de blessure
, explique Samuel Poilane, responsable des espaces verts sportifs à la Ville.
Nous avons donc dû faire le choix de la sécurité pour protéger les sportifs."
Seules exceptions : les deux terrains de rugby de la Baumette, où se jouent des compétitions nationales, et les terrains qui appartiennent au SCO d’Angers, qui ne sont pas gérés par la Ville et bénéficient d’une dérogation préfectorale permettant leur arrosage.
Entre les scolaires et les clubs, ces fermetures impactent environ 1 500 personnes. "Un terrain sportif, ce n’est pas juste un carré de pelouse, c’est un espace qui fédère la pratique des associations et clubs sportifs, leurs bénévoles et publics"
, relève Jean-Philippe Buchot, responsables des équipements sportifs de la Ville d’Angers.
Terrains synthétiques et micro-trèfle
Se pose évidemment la question de leur remise en état, pour permettre le redémarrage de ces activités. Ce qui suppose avant tout le retour de la pluie : "Tant qu’il ne pleut pas on ne peut rien faire
, tranche Samuel Poilane.
Et dans tous les cas, semer du gazon ne suffira pas."
En effet pour résister à une utilisation sportive, la pelouse a besoin d’un substrat riche, largement mis à mal par l’absence d’eau et le tassement de la terre. Des intrants naturels permettent de le reconstituer, mais l’opération est coûteuse (4 500 euros par terrain) et n’a pas vocation à être répétée tous les ans. D’où la recherche de solutions de long terme, permettant de faire face aux probables sécheresses des années à venir.
Le développement des terrains synthétiques est bien sûr une option, difficile à généraliser à court terme en raison de leur coût (une création est prévue en 2028 au stade Mikulak, dans le quartier du Lac-de-Maine). Plus facile à mettre en œuvre : l’emploi de variétés de gazon plus résistantes, comme le micro-trèfle, que la Ville d’Angers a commencé à expérimenter. "Nous en avons intégrés à huit terrains, et les résultats sont encourageants
, conclut Samuel Poilane.
En tout cas, ce sont les seules taches vertes qui subsistent aujourd’hui."