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Publié le 23 janvier 2024

Le projet de Territoire intelligent prévoit le remplacement de 30000 lampadaires sur Angers Loire Métropole. Plus de la moitié de ce renouvellement est déjà réalisée, au bénéfice de la transition écologique et énergétique.

En mettant sur les rails son projet de Territoire intelligent en 2020, Angers Loire Métropole se positionnait en précurseur. L’ambition était alors sans équivalent en France: développer des outils de gestion en temps réel dans de multiples domaines (éclairage, eau, chauffage, mais aussi stationnement, feux tricolores, collecte des déchets…) pour améliorer la qualité de service et optimiser la consommation des ressources. À l’heure de la transition écologique et de la hausse des coûts de l’énergie, cette ambition s’impose comme une évidence. Et produit ses premiers résultats, notamment dans le domaine de l’éclairage.

En effet, en octobre dernier un cap était franchi, avec l’installation du 15000e candélabre sur les 30000 prévus dans le cadre du Territoire intelligent. Leur intérêt s’exprime d’abord en termes de consommation d’électricité. Grâce à la technologie par led, la consommation de chaque point lumineux est ainsi réduite en moyenne de 70%. Outre cette consommation nominale, c’est aussi l’intensité lumineuse qui permet d’atteindre ce niveau d’économie. Là où les lampadaires “classiques” n’admettent que deux états (marche ou arrêt), ceux à led permettent d’ajuster la luminosité au plus près des besoins. Dans plusieurs communes et quartiers résidentiels, l’éclairage est ainsi graduellement baissé au cours de la nuit pour, dans certains cas, arriver à une extinction totale. Sur certains cheminements peu fréquentés, ce sont des détecteurs de présence qui permettent de laisser l’éclairage en veille pour l’augmenter au passage d’un usager. Au total, à la fin de l’opération de renouvellement des lampadaires, prévue début 2026, l’économie attendue est de 1,5 million d’euros par an.

“La réalisation de ce projet a nécessité en amont de s’interroger sur les besoins en matière d’éclairage, qui varient selon les secteurs, souligne Constance Nebbula, vice-présidente d’Angers Loire Métropole chargée du Territoire intelligent. Une concertation a été menée auprès des communes, qui a permis de définir différentes typologies avec, pour chacune, des règles précises en matière de gradation de l’intensité lumineuse. Toutefois, grâce à la connectivité mise en place, il est possible de modifier cette intensité en temps réel en cas de besoin, sans intervention physique, depuis le centre de pilotage. Lorsque celui-ci sera pleinement opérationnel, en 2025, il assurera une veille 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.”

À noter enfin que les nouveaux équipements permettent de réduire fortement les frais de maintenance grâce à la durée de vie des led, six fois supérieure à celle des lampes classiques.

Voir la cartographie du déploiement des lampadaires led

Préserver le ciel nocturne

Elle se remarque notamment par le halo visible de nuit à l’approche des villes: la pollution lumineuse est devenue un enjeu environnemental majeur, deuxième cause de la disparition des insectes après les pesticides. Réduire cette pollution, par une intensité d’éclairage plus faible et un flux orienté vers le sol, c’est l’autre intérêt du remplacement des candélabres en cours dans le cadre du Territoire intelligent.

“Cette pollution perturbe de très nombreuses espèces, qui ont besoin de l’obscurité pour se repérer, explique Monique Graveleau, correspondante locale de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN). C’est le cas des insectes, des chauves-souris, des rapaces et même des poissons, qui sont affectés par le ‘mur lumineux’ créé par l’éclairage des arches de ponts. L’alimentation, la reproduction ou encore la pollinisation sont impactées, avec des conséquences graves en matière de biodiversité.”

Pour réduire ces nuisances, des réflexions sont en cours afin de créer des “trames noires”, autrement dit un maillage d’espaces maintenus dans l’obscurité. Sans en être le seul facteur, la révision de l’éclairage public intègre cet enjeu. "Le nombre de points lumineux a augmenté en France de 89% en 20 ans et leur durée d’éclairage est passée de 2100 à 3500 heures par an, détaille Monique Graveleau. Reconsidérer l’éclairage public est une nécessité et l’action conduite par Angers Loire Métropole va dans le bon sens. Pour notre association, de nombreuses autres pistes d’action sont à considérer, comme l’extinction des monuments, agir sur la ‘couleur’ de la lumière, qui a un impact sur la pollution lumineuse, ou encore expérimenter l’extinction totale de certaines zones résidentielles.”

Baisser la lumière, est-ce dangereux ?

La diminution de l’intensité lumineuse pose une question récurrente : quel impact en termes de sécurité? Y répondre suppose de faire le lien entre éclairage, accidentologie et criminalité.

En termes d’accidentologie, les modes de déplacement actifs (piétons, cyclistes, trottinettes) sont les plus vulnérables au manque de luminosité. L’impact est cependant largement conditionné par l’horaire et la saison: 50% des accidents impliquant les piétons ont lieu l’hiver entre 17h et 19h.

En termes de criminalité, les études indiquent par exemple que baisser la lumière aurait tendance à décourager les voleurs de voiture, contraints de “travailler” à la lampe-torche et donc à être plus visibles. Les atteintes aux personnes, ou les cambriolages de commerce, seraient eux favorisés par un éclairage plus faible ou absent.

Ajuster l’intensité lumineuse

Pour répondre à ces problématiques, les nouveaux éclairages s’appuient sur la modularité apportée par le Territoire intelligent, qui permet d’ajuster l’intensité lumineuse selon les secteurs et les horaires. Dans certaines communes de la première couronne, les horaires d’éclairage ont ainsi été élargis le long des lignes de bus jusqu’à la fin du service pour des raisons de sécurité.

Par ailleurs, la puissance énergétique n’est pas le seul facteur de la qualité de l’éclairage, l’homogénéité est également importante. “À puissance égale, les lampadaires à led apportent une meilleure lumière que les anciens modèles, rappelle Franck Poquin, vice-président d’Angers Loire Métropole en charge de l’Énergie. On peut aussi jouer sur la ‘température’ de la lumière: de manière générale nous avons opté pour une température de 2800 kelvin, qui génère une lumière blanche très éclairante. Dans les communes et quartiers d’Angers où elle a été mise en place, la baisse de l’intensité lumineuse n’a pas suscité de retours négatifs.”

À noter que différentes températures de lumière ont été utilisées selon les secteurs. Par exemple sur la promenade de Reculée à Angers, en bord de Maine, où un éclairage de 2200 kelvin a été installé pour une lumière orangée moins génératrice de pollution lumineuse.

En chiffres

70 %

L'économie d'énergie réalisée par rapport aux anciens équipements. A terme, cela représente une économie de 1,5 million d'euros par an.

11

En millions de kilowatt-heure, le consommation d'électricité pour l'éclairage public sur Angers Loire Métropole en 2022.

675

En tonnes équivalent CO2, les émissions de gaz à effet de serre évitées sur Angers Loire Métropole grâce au renouvellement de l'éclairage.

15 000

Le nombre de lampadaires led installés dans le cadre du Territoire intelligent depuis 2021, soit la moitié du total prévu par le projet.

"Nous cherchons la performance, pas le gadget"

Constance Nebbula, vice-présidente chargée du Territoire intelligent

À l’automne dernier 15000 lampadaires avaient été remplacés dans le cadre du Territoire intelligent. Est-ce conforme au plan prévu?
Le lancement du projet en 2020 a été compliqué par les confinements liés au Covid. Mais si l’on fait abstraction de ce “retard à l’allumage” oui, nous sommes dans les clous. L’opération avance au rythme de 6000 lampadaires remplacés par an. Par souci d’efficacité, les premières interventions ont eu lieu dans les communes et les quartiers d’Angers qui présentaient les équipements les plus énergivores.

Est-ce que les premiers résultats répondent aux attentes?
Clairement oui. En termes énergétiques, l’engagement du groupement Ineo, mandataire pour la mise en œuvre du projet sur le territoire, était d’arriver à une économie de 66%. Or, nous constatons une économie moyenne de 70%. Avoir lancé le projet dès 2020 nous permet d’absorber les effets de la crise énergétique. Plus nous avançons dans le déploiement, plus la collectivité est efficiente. Cela vaut pour l’éclairage mais aussi pour les autres thématiques concernées par le Territoire intelligent, comme par exemple l’eau et le traitement des déchets.

Sur ces autres thématiques, quelles sont les avancées?
Le projet n’est pas figé, il vit et s’adapte. C’est aussi ça “l’intelligence” du déploiement. Pour la gestion du stationnement par exemple, l’option retenue était d’utiliser des capteurs au sol. Finalement il s’avère que des capteurs aériens, sur mât, sont plus adaptés. Nous cherchons la performance, pas le gadget. Par ailleurs d’autres applications qui n’étaient pas prévues initialement ont été réalisées, comme le contrôle de l’accès aux déchèteries par badge. Parmi les autres réalisations, on peut citer la surveillance de l’hygrométrie des sols, qui permet de mieux gérer l’arrosage. Également dans le domaine de l’eau, une expérimentation de régulation de la pression dans les canalisations est en cours. Elle devrait là aussi permettre de réaliser d’importantes économies et améliorer la durabilité de nos réseaux.