Le Projet alimentaire territorial d’Angers Loire Métropole a impulsé une réflexion cruciale sur le devenir des sols agricoles, trop secs l’été, engorgés l’hiver, et qui perdent en fertilité.
Lorsque Nicolas Haezebrouck serre une motte de terre dans sa main, elle s’effrite et tombe en poussière. Nous sommes début octobre et pas une goutte de pluie à l’horizon. Les quelques précipitations éparses du mois de septembre n’ont pas suffi à régénérer la terre de la ferme du Grand-Jardin, à Longuenée-en-Anjou, qui produit des légumes bio depuis 19 ans. Même constat chez Joël Fournial, à SaintClément-de-la-Place, où il cultive plantes pérennes et céréales bio sur 68 hectares. La rivière du Brionneau qui traverse sa ferme Serennes Pérenne, est à sec. Mais les deux agriculteurs, loin de se laisser abattre, sont bien décidés à agir. L’année dernière, ils ont suivi une formation en hydrologie régénérative, dispensée par le Groupement des agriculteurs bio et biodynamiques (Gabb Anjou) et impulsée par Angers Loire Métropole (ALM), dans le cadre du Projet alimentaire territorial (PAT). Le PAT, créé en 2020, a pour mission de promouvoir une alimentation saine, durable et solidaire dans tout le territoire. Cela passe par le soutien aux agriculteurs, qu’Angers Loire Métropole accompagne, entre autres, sur le chemin difficile de l’adaptation au changement climatique. "Pour l’agriculteur, l’hydrologie régénérative représente une série de leviers qui permet de limiter les excès d’eau l’hiver, la sécheresse l’été et de conserver un sol au taux d’humidité adéquat"
, explique Joël Fournial.
Travailler le sol différemment
Cette formation leur a permis d’établir une cartographie qui répertorie et diagnostique les zones fragiles de leur exploitation. Un animateur du Gabb Anjou a ensuite visité les fermes et préconisé des changements de pratiques ou des aménagements. L’une des recommandations adressées aux deux producteurs consistait à travailler le sol différemment sur une parcelle en pente. "Le bas de la pente souffre d’un trop plein d’eau en hiver qui rend le sol impraticable, le haut, d’une sécheresse excessive aux beaux jours, avec un phénomène d’érosion. Le but de la manœuvre n’est plus de travailler la terre tout droit, à la verticale, en suivant la pente, mais à l’horizontale, perpendiculaire à la pente, en respectant les courbes de niveau du terrain. Cela permet à l’eau de ne pas ruisseler mais de mieux s’infiltrer dans le sol, de manière plus progressive"
, détaille Nicolas Haezebrouck. "C’est nouveau pour nous de devoir prendre en compte les moindres détails du terrain"
, ajoute Joël Fournial. L’hydrologie régénérative est une piste parmi d’autres en test à l’échelle de l’agglomération. Elle regroupe des principes plus ou moins répandus : planter des haies pour retenir l’eau dans les champs, ne jamais laisser la terre à nue entre deux cultures mais la protéger d’un couvert végétal, accroître le taux de matière organique du sol, repenser l’usage de certaines parcelles qui ne sont pas forcément propices aux cultures, recréer des zones humides ou simplement planter des arbres. "Ils apportent de la richesse à la terre et il n’y pas mieux pour réguler la température d’une parcelle"
, souligne Joël Fournial. "Notre but est de faire en sorte qu’une terre arable le reste,
résume Nicolas Haezebrouck. L’agriculteur a tendance à oublier que son capital, ce n’est pas ses bâtiments ni ses tracteurs, mais son sol. Si on laisse le sol s’éroder, si les éléments les plus riches et fertiles sont entraînés par le ruissellement en hiver et le vent en été, alors son sol ne vaut plus rien et sa ferme non plus."
Pour être accompagné en tant qu’agriculteur (installation, transmission, adaptation), contacter le 02 41 05 52 24 ou projetalimentaire(at)angersloiremetropole.fr, Ouvre une nouvelle fenêtre
Solaal, la solidarité est dans le pré
L’association Solaal Pays de la Loire facilite le don des agriculteurs, dont elle récupère les surplus de production pour les redistribuer aux organismes d’aide alimentaire du territoire. En 2025, elle a collecté l’équivalent de 380 000 repas.
Telle une femme d’affaires particulièrement occupée, Augustine Derly arpente les champs du Jardin de Cocagne, le portable vissé à l’oreille. La jeune femme s’excuse souvent car son téléphone sonne beaucoup et elle ne peut pas se permettre de manquer un appel. La coordinatrice de Solaal Pays de la Loire n’est pas en train de conclure de fructueuses transactions financières mais elle recueille des dons salvateurs. "Notre association lutte contre la précarité alimentaire en favorisant le don des agriculteurs grâce à une logistique et à des délais compatibles avec l’exercice de leur activité"
, explique Laurent Lelore, président de Solaal.
Un agriculteur qui souhaiterait écouler son surplus de production peut contacter l’association par téléphone ou par mail mais aussi déclarer facilement son don via l’application Agridon. "Il doit renseigner la nature du produit, son conditionnement, son calibre… Le don est enregistré et diffusé. Les associations d’aide alimentaire du département ou de la région se positionnent alors pour récupérer la marchandise et organiser le transport. Solaal s’occupe de la défiscalisation pour décharger les producteurs de cette démarche"
, détaille Augustine Derly.
195 tonnes de dons d’agriculteurs
Cette année, l’association, subventionnée par Angers Loire Métropole dans le cadre du Projet alimentaire territorial, a collecté 195 tonnes de dons, pour la plupart d’agriculteurs ligériens, soit l’équivalent de 380 000 repas. Ce sont à 85 % des fruits et des légumes frais, parfois bio, répartis entre une centaine d’associations bénéficiaires : des antennes régionales de structures nationales – Restos du Cœur, Secours catholique, Banque alimentaire, Cop1 solidarité étudiante – et des initiatives locales comme l’épicerie sociale du lycée Wresinski, à Angers, l’épicerie du Colibri ou encore Le Jardin de Cocagne, tous deux à Saint-Barthélemy-d’Anjou. L’association est souvent appelée par les plateformes de contrôle qui refusent des palettes de fruits et de légumes jugés non conformes à cause de leur calibre, de leur aspect, de leur taille ou sans débouchés commerciaux. "Ces denrées de première nécessité sont sauvées de la destruction"
, souligne la coordinatrice.
Solaal peut aussi compter sur 65 donateurs, de grands exploitants comme des petits producteurs, qui contribuent de manière régulière ou ponctuelle. “Par exemple, chaque année, nous récupérons les tomates d’un cultivateur qui propose environ 10 % de sa production, soit 37 tonnes. Nous travaillons aussi avec un semencier qui teste les graines dans ses champs sans récolter ensuite. Nous sommes présents au Sival où nous collectons les fruits et légumes d’exposition et de dégustation, soit près de 900 kg cette année,
énumère Augustine Derly. Nous recueillons aussi les dons des exploitations plus modestes, comme cet agriculteur de Sainte-Gemmes-surLoire qui tient à offrir chaque semaine 15 caisses de légumes aux personnes vulnérables. Dans ce cas, c’est tout simplement de la générosité.”
Pour être donateur, bénévole ou mécène de Solaal, contacter Augustine Derly, 06 73 46 22 52, paysdelaloire(at)solaal.org, Ouvre une nouvelle fenêtre
Des cantines toujours plus responsables
La cantine des écoles de Saint-Barthélemy-d’Anjou est labellisée "Mon restau responsable". Ainsi, la commune s’engage à servir des repas sains, respectueux de l’environnement, si possible bio et/ou locaux, concoctés par Papillote et compagnie. Le label valorise également le bien-être des élèves et des agents. Par exemple, la Ville a investi dans des tables et des chaises antibruit. Enfin, les écogestes sont au centre de cet engagement : éviter le gaspillage, bannir l’essuie-tout, privilégier les serviettes en tissu, utiliser des produits d’entretien certifiés, favoriser les goûters sains et sans emballage.
Ce dispositif, jugé efficace par la collectivité, a été reconduit en septembre pour deux ans. "Cette démarche amène une réflexion constructive avec les agents
, estime François Chevreux, directeur du service Enfance, Éducation et Sport. Elle renforce aussi le sens de leur fonction car nourrir les enfants au quotidien est une mission noble."
En chiffres
Le nombre de partenaires engagés dans le Projet alimentaire territorial. Ce sont des associations d’agriculteurs, artisans, cuisiniers, distributeurs, associations, citoyens, collectivités.
La part des exploitations agricoles d’Angers Loire Métropole désormais en bio, contre 15,5 % en 2022 (Observatoire de la production bio).
Le nombre de restaurants d’Angers Loire Métropole labellisés ECOtable. Ces établissements favorisent les approvisionnements bio, en circuit court et luttent contre le gaspillage.
"L’alimentation relie ceux qui produisent, transforment, cuisinent et consomment"
Trois questions à Franck Poquin, vice-président en charge de l’Agriculture et du Territoire intelligent
Pourquoi Angers Loire Métropole a-t-elle adopté un Projet alimentaire territorial en 2020 ?
Le Projet alimentaire territorial (PAT) part d’une idée simple : l’alimentation ne commence pas dans l’assiette. Elle relie ceux qui produisent, transforment, cuisinent et consomment. Notre ambition est de mieux rémunérer et accompagner nos agriculteurs, rapprocher production et consommation locales en favorisant les circuits courts et permettre à tous d’accéder à une alimentation de qualité. Le rôle du PAT est de créer des liens, une impulsion commune, d’accompagner les transformations et de donner aux acteurs du territoire les moyens d’avancer ensemble.
Quelles actions ont été mises en œuvre depuis l’adoption du PAT ?
Nous sommes désormais dans une phase très concrète qui passe par l’accompagnement à l’installation et à la transmission des exploitations, l’aide aux transitions face au changement climatique, le développement des débouchés locaux et de la restauration collective avec quelque 14 500 enfants de 21 communes d’Angers Loire Métropole qui bénéficient d’assiettes composées en grande majorité de produits locaux et/ou bio, grâce à Papillote et compagnie. Mais aussi la lutte contre le gaspillage, l’aide alimentaire, le soutien aux ordonnances vertes pour les femmes enceintes…
Quels sont les prochains chantiers ?
Il faut maintenant changer d’échelle et anticiper le renouvellement des générations, renforcer la résilience des exploitations face aux aléas climatiques, notamment les problématiques liées à l’eau et aux tensions économiques. Le fil conducteur reste le même : mieux relier ce que nous produisons et ce que nous consommons sans imposer de modèle agricole ou alimentaire unique.