La tension retombe doucement dans le secteur du logement étudiant, notamment grâce aux trois résidences de Belle-Beille à loyers encadrés, inaugurées en 2025, et à une offre globale qui s’étoffe depuis 2019.
"J'ai la vue sur la cathédrale d’Angers comme d’autres ont la vue sur la tour Eiffel", plaisante Méline, 20 ans. Elle occupe depuis janvier ce studio de 18 m2 au sein de la résidence Jean-Zay, dans le quartier de Belle-Beille. Sur le mur bleu turquoise de sa chambre, Méline a épinglé des photos de ses amis. Sur les étagères imbriquées dans son lit, l’étudiante en master Sciences de l’éducation a rangé ses romans préférés et entassé des dizaines de pelotes de laine. "J’ai toujours un tricot en cours", ajoute celle qui souhaite devenir professeur documentaliste. Le studio comporte également un coin bureau agencé avec du mobilier de réemploi, une kitchenette, un grand placard et une salle de bain que Méline juge spacieuse. "Avant, j’étais dans une chambre de 9 m2 avec une salle d’eau incluse vraiment minuscule. Passer à un studio de 18m2, ça me change la vie", explique l’étudiante boursière.
Jean-Zay est l’une des trois nouvelles résidences du campus de Belle-Beille avec Jeanne-Héon-Canonne et Mathilde Alanic. Commanditées par le bailleur social Angers Loire Habitat et gérées par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) de Nantes-Pays de la Loire, elles ont été inaugurées en septembre 2025.
À elles trois, elles représentent 620 logements supplémentaires à loyer encadré (400 € charges comprises), destinés à des élèves boursiers. "Ces 620 logements ont permis d’augmenter l’offre du Crous de 40 % dans le quartier universitaire de Belle-Beille et de 25 % dans toute la ville d’Angers. C’est la première année depuis 2019 que nous ressentons enfin une baisse de tension sur les demandes", explique Xavier Labiste, directeur du Pôle Hébergement Belle-Beille pour le Crous. Angers compte 47 000 étudiants, soit un tiers de la population de la ville. Cet effectif n’a cessé de croître jusqu’à aujourd’hui, entraînant des tensions sur le marché locatif.
Une prouesse technique
Pour répondre à ce besoin de logements, les trois résidences de Belle-Beille ont été bâties en tout juste un an. Un temps record. "Les salles d’eau sont arrivées déjà construites. Les façades ont été assemblées en usine. C’était impressionnant de les voir posées d’un bloc grâce à des grues", se souvient Xavier Labiste, aux premières loges des travaux. "C’est à la fois une prouesse technique et le fruit de la mobilisation de tous les acteurs", renchérit Jeanne Behre-Robinson, vice-présidente d’Angers Loire Métropole en charge de l’Urbanisme et du Logement. “On s’y sent bien, approuve Méline. Même quand le campus grouille d’étudiants, les chambres restent calmes.”
Ces trois résidences ne sont pas les seules à être sorties de terre ces dernières années. Depuis 2019, 2 986 places destinées aux étudiants ont été créées : 1 687 sur le marché privé, 794 en Crous et 378 en résidences gérées par les bailleurs sociaux ainsi que quelques places en foyers de jeunes travailleurs ou en coliving (qui combine espaces partagés, chambres privées et services inclus). "Angers Loire Métropole a favorisé la construction de logements étudiants ces dernières années. L’offre a ainsi augmenté de 53% en sept ans. Nous avons atteint nos objectifs", estime Jeanne Behre-Robinson.
"Je voulais rendre service à un étudiant"
"Je sais à quel point il est compliqué pour les étudiants de trouver un logement à un prix raisonnable car je l’ai vécu avec ma fille. Alors, j’ai eu envie de les aider. J’avais une chambre disponible mais je ne savais pas vers qui me tourner pour la louer", explique Sonia, mère de deux enfants aujourd’hui adultes. Elle entend parler de l’association Habitat Jeunes David-d’Angers par une amie et prend contact. La structure propose une solution d’hébergement temporaire chez l’habitant à des jeunes, entre 15 et 30 ans, en mobilité scolaire ou professionnelle. Ce service s’adresse principalement à des étudiants stagiaires, des alternants mais aussi aux apprentis ou aux jeunes actifs.
Dans ce cadre, depuis début septembre, Sonia accueille Louis, 22 ans. Cet alternant, futur opticien, passe deux jours à l’école à Angers et trois jours en magasin à La Roche-sur-Yon. Il loge ainsi chez Sonia deux à trois nuits par semaine à un tarif imbattable : 15 euros par nuitée en été et 17 euros en hiver avec un plafond de 270 euros mensuel en été et 290 euros en hiver. Chacun y trouve son compte. "Cela m’évite d’avoir à payer deux loyers entiers. J’aime aussi le fait de ne pas être seul, de pouvoir prendre le repas en commun le soir", explique Louis qui apprécie la compagnie de sa logeuse. La réciproque est vraie. "Louis n’est jamais à court de discussion ! Il s’intéresse beaucoup à mon parcours. Par exemple, j’ai 37 ans de carrière au sein de la même entreprise et cela l’étonne énormément. Il m’a posé plein de questions à ce sujet", sourit Sonia.
75 binômes en 2025
Le binôme a signé un accord tripartite avec l’association Habitat Jeunes David-d’Angers. En cas de problème, l’association assure la médiation. L’hébergeur doit, entre autres, proposer une chambre de plus de 9 m2. Les binômes sont formés en fonction de certains critères : modes de vie de chacun, transport, lieu d’étude ou de travail… L’association dispose d’un vivier de 80 logeurs partout dans l’agglomération. En 2025, elle a permis à 75 tandems de s’associer.
Pour être hébergé, hébergeur ou devenir mécène de l’association, informations au 02 41 24 37 37 ou hth(at)ahjda.fr, Ouvre une nouvelle fenêtre mais aussi sur le site ahjda.fr, Ouvre une nouvelle fenêtre
Que faire en cas de logement insalubre ?
Si un locataire, étudiant ou non, rencontre un problème d’insalubrité dans son logement, il peut déposer un signalement en ligne via la plateforme numérique signallogement.beta.gouv.fr, Ouvre une nouvelle fenêtre. La plateforme permet de constituer un dossier qui peut être consulté à tout moment et alimenté avec de nouveaux éléments.
Une fois le signalement déposé, le bailleur est contacté en premier lieu par la plateforme. Sans réponse de sa part, une visite du logement concerné est effectuée. "Le service Prévention des risques de la Ville d’Angers assure alors une forme de médiation. Nous recevons les personnes et un inspecteur de salubrité est mandaté sur place pour constater", explique Jeanne Behre-Robinson, vice-présidente d’Angers Loire Métropole en charge de l’Urbanisme et du Logement mais aussi adjointe à la Ville d’Angers sur les mêmes thématiques. La visite de cet inspecteur de salubrité peut mettre en évidence une infraction commise : soit par le propriétaire qui se voit alors contraint d’entreprendre des travaux, soit par le locataire qui doit respecter la loi concernant l’entretien du logement.
Un atlas du logement étudiant
Résidences universitaires publiques et privées, foyers et logements du Crous sont recensés dans un atlas en ligne, Ouvre une nouvelle fenêtre. "Cet atlas présente l’offre de logements mais aussi les démarches pour y accéder", indiquait Benjamin Kirschner, adjoint à la Jeunesse et à la Vie étudiante à la Ville d’Angers, lors de la présentation du dispositif en 2023 (photo). Hébergé sur le site de l’Aura, Ouvre une nouvelle fenêtre (Agence d’urbanisme de la région angevine), l’atlas prend la forme d’une cartographie qui situe les logements par rapport aux lieux d’études. "Les transports, les équipements culturels, sportifs et de loisirs y apparaissent pour faciliter la découverte de la ville", complète Benjamin Kirschner. En parallèle, le guide du premier logement, Ouvre une nouvelle fenêtre, riche en conseils pratiques, est disponible en ligne ou sur place au J, Angers connectée jeunesse, place Imbach, à Angers.
En chiffres
47 000
Le nombre d'étudiants à Angers en 2026, contre 45 000 en 2024. Cet effectif devrait rester stable jusqu’en 2030 environ puis diminuer en raison de la baisse démographique.
8 620
Le nombre de lits ou chambres dédiés aux étudiants en 2026 recensés dans l’agglomération, dont 7 515 à Angers. Le reste à Saint-Barthélemy-d’Anjou, Avrillé, Trélazé, Verrières-en-Anjou ou encore Écouflant et Les-Ponts-de-Cé.
71 %
La part des étudiants qui habitent à Angers, dont 42 % sur le campus de Belle-Beille (enquête Aura sur la vie étudiante 2024).
"La rentrée 2025 s'est déroulée de manière plus fluide"
Trois questions à Jeanne-Behre Robinson, vice-présidente d'Angers Loire Métopole en charge de l’Urbanisme et du Logement
Le secteur du logement étudiant est-il encore sous tension ?
La tension a diminué. 2025 a été la première année où la rentrée s’est déroulée de manière plus fluide aussi bien sur le marché privé que sur le marché du logement social géré par le Crous. La tension a diminué notamment parce que l’offre a augmenté grâce aux 620 studios répartis dans les trois nouvelles résidences de Belle-Beille inaugurées en 2025, mais aussi à un certain nombre d’opérations privées.
L’objectif est-il toujours de construire ?
Nous avons pris la décision de freiner la construction de résidences privées par des promoteurs. Nous estimons leur nombre suffisant. S’il reste des offres à construire, nous allons privilégier le logement social étudiant en partenariat avec le Crous où les loyers sont encadrés. Depuis 2019, période où la crise du logement a connu son apogée, près de 3 000 logements ont été construits dont 1 687 en résidences privées et 794 en logement social.
Comment anticiper la future baisse démographique ?
À Angers, les étudiants ont trouvé leur place. Ils représentent un tiers de la population angevine. Ils font partie de la vitalité de la ville. Nous pressentons, notamment au travers de nos échanges avec l’université et les autres écoles angevines, qu’Angers restera attractive car c’est un territoire à taille humaine, à la fois dynamique et sûr. Mais aussi parce que l’offre d’enseignement y est de qualité avec une grande diversité de formations. Donc, oui, nous allons connaître une baisse mais probablement pas un effondrement des effectifs.