Publié le 02 juillet 2026

Ils sont paysagiste, plombier, menuisier, électricien ou livreur et chacun exerce son activité à vélo pour des raisons écologiques, économiques, pratiques et pour une meilleure qualité de vie.

À 8h pétantes, les paysagistes de Sicle sont prêts à partir. Devant leur atelier de la place Giffard-Langevin, à Angers, rangée en ordre de bataille, une armada de vélos électriques attelés à des remorques qui peuvent tracter jusqu’à 200 kg d’outils et de matériaux. Leur chargement est impressionnant : échelles, débroussailleuses, sacs de terreau, arbustes et même un broyeur de 80 kg. "Le pire que j’ai eu à transporter ? Des dalles de béton qu’on évacuait d’un jardin aux Ponts-de-Cé. Je n’ai jamais roulé à plus de 10 km/h durant tout le trajet !", se souvient Hugo, tout sourire, paysagiste chez Sicle depuis deux ans. Dans la Doutre, où un quatuor d’artisans du bâtiment sillonne le quartier à vélo cargo, le défi est le même. 

Il n’est pas rare qu’Alexis, plombier, véhicule des chauffe-eaux de 200 l dans sa caisse. Léonard, menuisier, est bien souvent chargé de diverses ponceuses, tréteaux, aspirateurs… "Je fais directement livrer le bois chez les clients", précise-t-il. Benoît et Vincent, électriciens, ont leurs vélos remplis de câbles mais peuvent aussi transporter des radiateurs.

Qu’importe si être artisan à vélo nécessite une logistique à part qui peut se révéler complexe au départ. Parmi les convertis, personne ne troquerait son biclou contre un camion. De ce choix émane une certaine fierté. "Le vélo est fédérateur pour l’équipe. Il facilite le dialogue avec les clients mais aussi avec des inconnus dans la rue. Grâce à lui, nous attirons la sympathie. On nous remarque davantage. En dix ans, nous sommes passés de trois à vingt salariés. Nous avons certainement dû répondre à une demande", analyse Eddie Pineau, co-fondateur de Sicle. "Le vélo instaure une proximité qui rassure et inspire confiance", ajoutent les artisans de la Doutre. La bicyclette est aussi la vitrine de convictions écologiques assumées. "Le vélo nous incite à être encore plus vertueux dans nos pratiques. Nous composons davantage avec ce que nous offre un jardin dans une logique de réemploi et de recyclage", détaille le paysagiste.

Un argument économique imparable

"Et puis l’argument économique est imparable", assure Vincent Drouet. En effet, le vélo intègre la catégorie financière des poids plume. "Quand j’ai changé mes freins, j’en ai eu pour 35 €", ajoute l’électricien. Selon une étude de l’Agence de transition écologique (Ademe), le coût annuel d’une flotte de trois bicyclettes à usage professionnel revient à 825 € contre 6 872 € pour un véhicule utilitaire (essence, assurance, entretien).

Aux économies s’ajoutent le gain de temps – pas de bouchons, pas de problèmes de stationnement –, le bien-être lié à l’exercice physique et une sérénité retrouvée. "On vit avec les saisons", s’enthousiasme Benoît, électricien depuis six ans. "Ne pas subir les bouchons est une charge en moins, assure Eddie. Surtout, la bicyclette offre une autre forme de sérénité, celle d’être en adéquation avec des valeurs qui vont dans le sens de la transition écologique dénuée de toute agressivité."

Désencombrer le centre-ville grâce à la cyclo-logistique

Connaissez-vous la bicylift? Les badauds du centre-ville d’Angers peuvent la voir circuler sur les grands axes, chargée de colis. Cette remorque conçue pour les vélos permet aux livreurs sur selle de décharger une palette en quelques secondes, sans se casser le dos. "Pour nous, c’est le genre d’engin indispensable qui a permis de structurer la filière de la cyclo-logistique. La bicylift peut transporter
jusqu’à 450 kg de colis. Elle nous rend plus efficaces en limitant les efforts", estime Simon Bondu, co-gérant de la Scop Les Rayonneurs (ex-K’liveo). Cette entreprise où tous les salariés sont associés, implantée au cœur du Marché d’intérêt national, à Angers, assure ce qu’on appelle la livraison du dernier kilomètre. Sa flotte de vélos prend le relais des camions pour délivrer quotidiennement quelque 500 colis dans l’hypercentre, sur les axes très fréquentés comme les boulevards Foch, Carnot et du Roi-René mais aussi dans les quartiers. "Chaque jour, huit vélos balaient la ville. Cela élimine quotidiennement la présence de sept camions dans le centre-ville. Ce n’est pas une paille !", souligne Simon Bondu.

Le vélo, deux fois plus efficace que les camions

"Nous participons à l’apaisement du centre-ville. Cela représente aussi moins d’émissions carbone. Pour nos clients, c’est un gain de temps et d’argent car nous sommes deux fois plus efficaces que des camions. Nous livrons au plus près sans problème de stationnement. Nous empruntons les voies cyclables donc nous évitons les bouchons et nous ne sommes pas tributaires des règles du plateau piétonnier qui interdit les livraisons après 10h30", énumère le trentenaire.

Parmi leurs clients, Les Rayonneurs comptent de grandes entreprises de logistique comme DPD ou Schenker mais aussi des établissements locaux tels que Richer, Bouchara, Benoît Chocolat, U Express Université, l’École supérieure des agricultures, l’Université catholique de l’Ouest…

"Nous livrons aussi l’alimentaire sec pour les restaurants, le vin, les vêtements et les pharmacies. Nous desservons, par exemple, la pharmacie de la Madeleine qui ensuite dispatche les chargements dans les Ehpad environnants", explique Simon Bondu. Ce dernier a découvert la cyclo-logistique en 2016 au sein de la société Roue Libre en Maine. "Ce qui m’a plu ? Je n’ai pas vu passer ma première journée. J’aime ce contre-la-montre permanent pour livrer les colis le plus vite possible. Et puis, je suis évidemment sensible à la transition écologique. Ce n’est pas rien d’accomplir un travail en phase avec ses convictions personnelles."

30

Le nombre d'entreprises membres de l’association Les Boîtes à Vélo Angers. Cette dernière assure des opérations de sensibilisation, offre des conseils ou met gratuitement à disposition de ses membres un vélo cargo.

28

Une flotte de trois vélos rejette 28 fois moins d’émissions carbone qu’un véhicule utilitaire (source Agence de la transition écologique, Ademe, Observatoire des cyclomobilités professionnelles 2024).

7

Le nombre de camions en moins dans le centre-ville d’Angers au quotidien grâce à l’entreprise Les Rayonneurs qui assure à vélo la livraison du dernier kilomètre.

Des réparateurs de vélos à vélo

Lauréats 2025 du trophée Initiatives économie circulaire d’Angers Loire Métropole, Kévin et Luigi Moreau ont fondé l’atelier Cobi en 2024, à Angers. Les deux frères se déplacent à vélo cargo dans un rayon de 5 km autour de la place du Ralliement, à Angers, pour réaliser entretien et réparation de vélos et trottinettes auprès de particuliers ou de professionnels. Ils tiennent aussi un atelier, rue Pocquet-de-Livonnières.

"À travers notre travail, nous souhaitons encourager les Angevins à adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement", confiait le tandem au moment de recevoir son trophée dans la catégorie Réparation et réemploi. "Notre ambition est d’accompagner les actifs, vélotafeurs et cyclotouristes dans leur transition vers une mobilité plus responsable, en leur proposant un service bas carbone conçu pour simplifier leur quotidien", ajoutent-ils.
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Mamie Cyclette, la petite reine de la solidarité

"Après le premier déconfinement, en 2020, quatre Ehpad m’ont contacté pour mettre en place une activité qui permettrait aux résidants de sortir", explique Rachid Amoura. Le cycliste a alors imaginé ce qui allait devenir Mamie Cyclette, mi-entreprise mi-association, dont la mission est d’offrir des balades à vélo cargo adapté à des personnes âgées. Il débute son activité seul, de manière ponctuelle, avant de rencontrer Jean-Baptiste Moriceau devenu depuis son associé. "Jean-Baptiste cherchait le moyen de promener sa grand-mère en Ehpad et d’en faire bénéficier les autres pensionnaires. Il voulait structurer un réseau de bénévoles quand je lui ai proposé de collaborer", raconte Rachid Amoura.

Aller revoir sa maison

Depuis 2024, les deux énergiques co-fondateurs assurent des balades régulières d’avril à octobre dans une trentaine d’Ehpad de la région angevine. "Notre périmètre s’étend jusqu’à 30 minutes à vélo autour d’Angers. La promenade se déroule souvent aux alentours de l’Ehpad", précise le cycliste.

Les circuits peuvent être très urbains, en cœur de ville, ou champêtres. "Le trajet n’est pas forcément planifié. Nous laissons les personnes âgées choisir. Il nous semble important de leur laisser cette opportunité alors qu’elles n’ont plus beaucoup l’occasion d’être décisionnaires dans leur vie." Rachid Amoura se souvient de ce monsieur qui voulait revoir sa maison ou de cette dame qui tenait absolument à se rendre sur les bords de Loire, près de Port-Thibault, à SainteGemmes-sur-Loire. "Elle s’est arrêtée pour regarder le vieil alambic qui est exposé là. J’ai appris ensuite que, dans le temps, le travail de son mari était de le faire fonctionner. Nous assistons à plein de moments touchants. Parfois, les balades sont très gaies. Elles finissent en rires ou en chansons. D’autres sont plus silencieuses, dans la contemplation."
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