Christophe Béchu, réélu président de la communauté urbaine, détaille les enjeux de ce nouveau mandat, moins marqué par les aménagements mais davantage tourné vers la santé, les solidarités et toujours la transition écologique.
En préambule de l’installation du nouveau conseil communautaire, vous évoquiez une méthode de fonctionnement singulière à l’échelle de la communauté urbaine. Quelle est-elle ?
Angers Loire Métropole prend de nombreuses décisions qui impactent la vie quotidienne des 312 000 habitants de l’agglomération. Mon obsession est donc que ces décisions reflètent les priorités exprimées par les habitants dans chacune des vingt-neuf communes. Mais, aussi, qu’elles nous permettent d’exister en tant que collectif, en tant que communauté. Pour cette raison, notre fonctionnement repose sur une commission permanente. Elle est en quelque sorte l’expression des communes et joue un rôle de conférence des maires. Cette commission réunit les vingt-neuf maires autour de la table avec un objectif de prise de décision à l’unanimité. Si un seul des vingt-neuf maires n’est pas à l’aise avec un texte proposé alors ce texte ne sera pas soumis au conseil communautaire. Il sera réétudié pour atteindre un consensus. C’est le principe qui veut qu’un maire égale une voix, quelle que soit la taille de la commune. Cela nous oblige à examiner les dossiers à 360° pour ne pas rendre un arbitrage qui serait éloigné des attentes des communes.
Quel développement du territoire envisagez-vous pour demain ?
Comme nous l’avons fait jusqu’à présent, nous allons veiller à ce que ce développement reste maîtrisé et équilibré entre la ville centre et les communes, dans le souci permanent de l’intérêt général. En cela, le tramway est un bon exemple. Il est déployé à Angers mais il permet de limiter le nombre de voitures en centre-ville et donc de fluidifier la circulation pour ceux qui viennent des communes extérieures.
Tout ce qui peut être pris en charge à l’échelle municipale doit le rester pour des raisons évidentes d’efficacité, de proximité mais aussi de budget.
Christophe Béchu
Les mobilités restent-elles une des priorités de ce mandat ?
Oui et c’est aussi pour cette raison que j’ai fait le choix de confier cette délégation à Benoît Cochet, maire de Montreuil-Juigné, une commune non desservie par le tramway. Et, oui, l’enjeu est désormais d’augmenter l’offre de bus ainsi que leur fréquence mais aussi le transport à la demande pour une meilleure desserte des différentes couronnes de l’agglomération. Le but est de pouvoir constater des améliorations dès le mois de septembre. Quant au réseau de tram, l’engagement pris est d’acheter de nouvelles rames pour disposer de tramways rallongés, notamment aux heures de pointe. Les mobilités, avec la voirie, sont les deux sujets budgétairement et stratégiquement cruciaux pour l’agglomération.
Justement, la voirie revient elle-aussi à un maire, Patrice Mangeard de Loire-Authion, qui sera épaulé par quatre autres élus. Quel est le but de cette nouvelle organisation ?
En devenant une communauté urbaine, nous avions l’obligation d’assumer la gestion de la voirie à cette échelle. Nous avons pris le temps, lors du dernier mandat, d’organiser cette nouvelle mission et d’en tirer les conséquences. J’ai bien entendu les remarques sur le fait qu’il n’y avait plus la même réactivité en termes d’aménagement ou que, compte tenu de la distance de la prise de décision, les mises en oeuvre n’étaient pas toujours les plus appropriées. Pour corriger ces aspects, le territoire est désormais découpé en quatre secteurs : nord, sud, est, ouest. En plus du vice-président Patrice Mangeard, un élu référent sera affecté à chacun de ces secteurs, à savoir Sébastien Bodusseau (maire de Sarrigné), Jérémy Girault (maire de Savennières), Laurent Damour (maire de Sainte-Gemmes-sur-Loire) et Florian Rapin (adjoint à la Ville d’Angers). Cela nous permettra une meilleure remontée des problèmes et une plus grande réactivité dans leur traitement.
Le premier mandat était axé sur le développement économique et l’emploi, le deuxième sur la transition écologique, quelle sera l’orientation de ce troisième mandat ?
Elle pourrait se résumer ainsi : moins d’urbain, plus d’humain. Nous nous sommes dotés d’un centre intercommunal d’action sociale (CIAS) qui, je le redis, n’est pas destiné à se substituer aux centres communaux d’action sociale (CCAS) des communes. Le CIAS nous permettra de répondre à des défis partagés : le vieillissement de la population et la nécessité d’adapter notre parc de logements pour satisfaire le désir grandissant de vieillir à domicile… C’est la condition pour conserver une mixité de population dans nos villes.
Le CIAS nous permettra de répondre à des défis partagés : le vieillissement de la population et la santé mentale, surtout chez les jeunes.
Christophe Béchu
Avec la vieillesse, la santé mentale sera l’autre priorité de ce CIAS ?
La santé mentale de la population a pris des proportions inquiétantes, surtout chez les plus jeunes. Nous devons assumer cette responsabilité vis-à-vis de notre jeunesse. D’autant plus quand il existe, au niveau de l’hôpital ou des consultations libérales, des difficultés à répondre à cette souffrance psychique. La responsabilité d’Isabelle Raimbault, la future présidente de ce CIAS et maire de Saint-Barthélemy-d’Anjou, sera d’évaluer les attentes en s’appuyant sur les acteurs de la santé et des solidarités. Le CIAS, dont le conseil inclut tous les adjoints aux Solidarités des communes, se concertera au deuxième semestre de cette année et mettra en œuvre ses premières mesures à compter de 2027.
Que reste-t-il à accomplir sur le plan de la transition écologique ?
Nous avons voté une vingtaine de plans au cours de ces dernières années dont les actions concrètes sont désormais progressivement mises en œuvre. Par exemple, nous avons établi un cadastre solaire qui désigne les endroits favorables au développement du photovoltaïque. Concernant les réseaux de chaleur, l’objectif est de doubler le nombre d’Angevins raccordés. Un autre projet prioritaire est de tester la géothermie pour diminuer notre empreinte énergétique en été comme en hiver. Nous étudions aussi la possibilité de récupérer la chaleur des eaux usées. Le potentiel est d’en tirer 40 gigawatt-heures d’énergie, l’équivalent de plusieurs dizaines d’hectares de centrales photovoltaïques.
Ce mandat sera aussi marqué par la révision des règles d’urbanisme…
En effet, les grandes orientations de ce nouveau plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) seront présentées dès la fin de l’année 2026. C’est une étape majeure. Le PLUi, qui sera définitivement acté en 2028, détermine toutes les règles d’urbanisme pour les dix ans à venir. Ces règles dessineront les secteurs où la construction de logements sera autorisée, où les nouvelles entreprises pourront s’implanter. Avec, toujours en creux, la volonté de limiter au maximum l’artificialisation des sols. Ces règles préserveront certains espaces identifiés comme des corridors écologiques. Elles fixeront aussi les grands principes de l’évolution des mobilités. Je pense, notamment, au développement d’irigovélo, qui est un réseau cyclable efficace et sérieux pour les déplacements des habitants au quotidien.
Si notre territoire grandit en nombre d’habitants, il doit grossir en nombre d’emplois. Le développement économique a toujours été une priorité et il le restera.
Christophe Béchu
L’accès à l’emploi reste l’une des grandes priorités ?
Si notre territoire grandit en nombre d’habitants, il doit grossir en nombre d’emplois. Le développement économique a toujours été une priorité et il le restera. C’est une nécessité. Nous sommes fiers d’avoir pu diminuer le taux de chômage de 50 %, d’avoir été classés, en 2026, 1re métropole de France en termes de création d’emplois, saluée comme la plus attractive sur le plan du développement économique. Nous devons continuer sur notre lancée. La dissolution de l’Assemblée nationale, en 2024, a plongé les entreprises dans l’attentisme. Les discussions que nous avions engagées avant cet événement, au sujet de nouvelles implantations dans notre territoire, viennent tout juste de reprendre. Tout l’enjeu sera de pouvoir accueillir de nouvelles entreprises sans empiéter sur les terres agricoles.