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Publié le 26 octobre 2020

Comment faire pour que le plus grand nombre ait accès à une alimentation saine, durable et locale? Le Projet alimentaire territorial constitue la première étape des Assises de la transition écologique qui viennent de s’ouvrir.

Photo d'un producteur angevin et d'un commerçant local sur un marché.
Le développement de la production locale et de la distribution en circuit court sont deux objectifs du Projet alimentaire territorial. (Photo: Philippe Noisette/Angers Loire Métropole)

De diagnostics en groupes de travail, chacun a, depuis un an, sa petite idée sur la manière dont se nourriront demain les habitants de l’agglomération. "Pour autant, rien n’est acté, avertit le vice-président chargé de l’Agriculture et de l’Alimentation, Dominique Bréjeon. Les Assises de la transition écologique, qui viennent de s’ouvrir, sont l’occasion supplémentaire de conforter les actions proposées par nos partenaires et les co-porteurs de projet dans le cadre du Projet alimentaire."

Rien n’est acté en effet, et il faudra attendre l’été prochain pour que la feuille de route du projet le soit. Pour autant, les objectifs sont clairs, votés à l’unanimité des élus le 12 octobre, et les toutes premières actions seront bientôt engagées.

D’ici à 2030, il s’agira de doubler la part de l’alimentation durable et locale, tout en augmentant encore celle du bio, chez les ménages et dans la restauration collective notamment. En parallèle, l’autonomie alimentaire du territoire devra s’affirmer; de même que les terres agricoles devront davantage encore être préservées du grignotage et accompagnées vers des modèles d’exploitation plus vertueux.

Promouvoir les produits locaux

"Les objectifs sont ambitieux, mais notre territoire se caractérise déjà par une grande diversité de productions et la vente en circuits courts est dynamique. On peut cependant toujours faire mieux, dans l’accompagnement des repreneurs ou de porteurs de projet agricole par exemple, concède Sonia Coutault, responsable de l’antenne Confluences de la chambre d’agriculture. Les marges de progression résident dans la visibilité qu’il reste à apporter à nos producteurs. Je pense, par exemple, à la marque ‘Le Boeuf des Basses Vallées angevines’ qui peine à se faire connaître des consommateurs. L’autre piste sera la relation à établir entre producteurs et grossistes, en vue notamment de développer les filières courtes. C’est comme cela que les habitants du territoire auront davantage accès aux produits locaux."

"Promouvoir les produits locaux, c’est aussi l’un de nos axes de travail, enchaîne Franck Bourasseau, le directeur du marché d’intérêt national Angers Val de Loire (MIN). Depuis septembre, notre plateforme d’Angers accueille d’ailleurs son premier grossiste spécialisé dans l’achat et la revente de produits 100% bio, cultivés localement."

Voici pour l’exemple, car le plus gros reste à venir. Soutien à l’agriculture respectueuse de l’environnement, nouvelles stratégies économiques à mener en lien avec l’industrie agro-alimentaire ou la grande distribution pour soutenir les producteurs locaux, amélioration de l’aide alimentaire auprès des personnes les plus vulnérables, déploiement d’espaces cultivés y compris en milieu urbain: toutes les portes seront ouvertes pour tenir les objectifs.

Le MIN, au coeur de l’écosystème alimentaire du territoire

Photo d'illustration du MIN d'Angers
Les deux tiers des fruits et légumes qui transitent par le marché d’intérêt national d’Angers (MIN) sont produits dans les Pays de la Loire. (Photo: MIN Angers Val de Loire)

140 000 tonnes de denrées alimentaires y transitent chaque année. Ces volumes expliquent que le marché d’intérêt national (MIN) Angers Val de Loire soit considéré comme LA plateforme alimentaire du territoire. Chaque matin, les restaurateurs et détaillants de proximité, entre autres, y trouvent de quoi remplir leurs paniers. "L’autonomie alimentaire de notre territoire, au sens proximité du terme, c’est aussi notre travail. Sur ce point, nous continuons de progresser avec les opérateurs du MIN", explique le directeur Franck Bourasseau, membre du comité stratégique du Projet alimentaire territorial.

77 entreprises

Car en soixante années d’existence, le petit Rungis local a bien changé. Du "marché de gros" des débuts, le MIN est devenu le coeur battant de l’écosystème alimentaire local. "Avec 77 entreprises, l’activité est très diversifiée. Le commerce et la distribution alimentaire sont représentés par nos deux cash & carry, des distributeurs nationaux. Sans oublier la production alimentaire puisque c’est ici que sont fabriqués le Crémet d’Anjou et les pâtisseries Bécam, entre autres", précise à son tour le président du MIN, Yves Gidoin.

Ici aussi que le Jardin de Cocagne alimente son "carré" des invendus du jour au profit de l’aide alimentaire. Ici encore que la vente en circuits courts continue de prendre son envol. Le MIN compte également deux restaurants ouverts au public et Maître Bouchers, l’association engagée dans la valorisation des savoir-faire et des produits.

"La question qui va se poser en même temps que l’alimentation de proximité sera celle des livraisons sur les courtes distances vers le centre-ville. Pour accompagner la transition écologique, nous réfléchissons depuis quelques mois à un dispositif de mutualisation des livraisons alimentaires avec les entreprises, comme les Boites à vélo, à partir du MIN", conclut Franck Bourasseau.

Halte au gaspillage avec SolidariFood

Photo de la cuisine de SolidariFood.
Chaque matin, l’équipe de SolidariFood récupère les produits frais invendus avant de les cuisiner et les remettre dans le circuit alimentaire. (Photo: Thierry Bonnet/Angers Loire Métropole)

Tout va très vite dans les rangs de l’association Solidarifood. C’est bien simple, ses trois fondateurs et amis d’enfance, Joïc, Anicet et Alexis, et la ribambelle de bénévoles qui les a rejoints sont aujourd’hui partout. Juchés sur leur "vélo smoothies", sous leur tente AntiGaspi chaque samedi, sur le marché de la place Leclerc à Angers, dans des lieux collectifs avec leurs frigos partagés nourris de produits arrivés à date, dans les lycées, les centres de formation, les restaurants scolaires... Pour les trois amis d’enfance, les journées ne sont plus assez longues pour sensibiliser et éduquer à la lutte contre le gaspillage alimentaire. "Aujourd’hui, les associations et les entreprises sont de plus en plus nombreuses à nous commander des repas et des apéritifs dînatoires concoctés à partir de denrées alimentaires destinées à la destruction. C’est bien la preuve qu’une alimentation saine et de proximité passe aussi par la lutte anti-gaspi", assène Joïc Orzolenc.

D’idée en projet, SolidariFood creuse son sillon entrepreneurial et plus encore depuis qu’elle a reçu, ces derniers mois, les bons conseils du premier incubateur d’Angers Technopole dédié à l’économie circulaire. Après avoir tissé des liens solides avec les paysans, les acteurs de la moyenne et grande distribution, les boulangers et les acteurs de l’aide alimentaire, l’association travaille à sa nouvelle arme AntiGaspi. "Notre plateforme numérique Eco Glan’, pour laquelle nous avons remporté un appel à projets de la Région l’an dernier, visera à établir le lien entre les producteurs et les consommateurs pour commercialiser les restes au champ. Un gisement encore peu exploité...", conclut Joïc.

En savoir plus: solidarifood.org

En chiffres

2030

C’est l’horizon qu’Angers Loire Métropole et ses partenaires se fixent pour doubler la part de l’alimentation durable dans les assiettes des habitants de l’agglomération.

18 %

La proportion de la production alimentaire qui termine à la poubelle selon les données de l’Ademe. Un Français gaspille en moyenne chaque année 30 kg de denrées alimentaires.

20 %

La part de produits issus de l’agriculture biologique que sert Papillote et compagnie, depuis cette année, à près de 80 établissements de l’agglomération (écoles, crèches, centres de loisirs). Les 13500 repas qui sortent chaque jour de la cuisine centrale sont à 50% préparés à base de produits achetés dans un rayon de 150 km.

D’ici à 2030, 50% au moins de notre alimentation devra être durable

Portrait de Dominique Bréjeon
(Photo: Thierry Bonnet/Angers Loire Métropole)

Questions à Dominique Bréjeon, Vice-président en charge de l’Agriculture et de l’Alimentation

Les Assises de la transition écologique vont permettre d’aborder la question d’une alimentation durable et accessible. Le projet alimentaire territorial en tiendra-t-il compte?
Oui, et c’est d’ailleurs pour cela que nous attendrons la fin des assises pour valider notre Projet alimentaire, avant l’été. Le premier plan d’actions du Projet alimentaire s’appuie sur un diagnostic du territoire et sur l’expertise de nos partenaires et co-porteurs de projet. Il est donc solide, mais son adéquation aux besoins réels des habitants mérite encore d’être confortée.

Quelles ambitions guideront les élus dans leurs choix?
D’ici à 2030, 50% au moins de notre alimentation devra être durable. A domicile, en restauration collective, dans l’aide alimentaire aussi. L’autre grand objectif visera à doubler l’autonomie alimentaire du territoire, qui se caractérise déjà par une grande variété de productions: fruits, légumes, viande, etc. Enfin, et c’est le commencement de tout, la Chambre d’agriculture nous accompagnera pour doubler le nombre d’exploitations agricoles engagées dans le bio ou la démarche de haute qualité environnementale. Cela représenterait 40% de la surface agricole utile, contre 20% actuellement. 

A quel moment interviendront les premières actions?
Le Projet alimentaire sera acté avant l’été, mais certaines actions ont déjà été retenues pour un lancement rapide. Nous allons par exemple aider la marque "Le Boeuf des Basses Vallées angevines" à améliorer sa visibilité auprès des consommateurs. Autre exemple avec cette étude que nous allons mener avec nos partenaires, tels que la Chambre d’agriculture, Interbio, la GAABAnjou..., pour identifier les exploitations agricoles proches de la retraite afin de mieux les accompagner vers des projets de transmission en lien avec nos objectifs d’une alimentation locale et durable.

Menu "zéro déchet" dans des restaurants de l’agglomération

Le 20 novembre, une dizaine de restaurateurs de l’agglomération proposera à sa clientèle un menu "zéro déchets". L’occasion pour ces professionnels de sensibiliser le public à la lutte contre le gaspillage alimentaire et d’expliquer les actions quotidiennement menées pour réduire les déchets. Développée et accompagnée par la Chambre de commerce et d’industrie, également partenaire du Projet alimentaire territorial d’Angers Loire Métropole, cette opération vise à identifier les bonnes pratiques, de l’achat au service. Le gaspillage alimentaire compte parmi les grands enjeux du Projet alimentaire à chaque maillon de la chaîne: de la production à la consommation en passant par la transformation et la distribution.