Découvrez le territoire avec

Partagez sur

Publié le 18 février 2021

La pandémie n’a pas épargné les emplois dans les structures de l’économie sociale et solidaire. Elles ont toutefois prouvé leur capacité à s’adapter et à répondre aux besoins des habitants.

Photos de Solidarauto et Angers Mob Services
Sans moyen de déplacement, difficile de se rendre à un entretien ou de trouver un emploi. Les garages solidaires de Solidarauto (à droite), situés à Trélazé et à Belle-Beille, et Angers Mob Services (à gauche) répondent à ce besoin. Les premiers proposent des voitures à la vente ou à la location, et leur entretien à bas tarifs. Quant au second, il est possible d’y louer un vélo, un scooter ou une voiture sans permis. (Photos: Thierry Bonnet/Angers Loire Métropole)

À défaut de l’avoir totalement épargnée, la crise sanitaire aurait-elle eu le mérite de révéler un peu plus les capacités de résilience et d’innovation de l’économie sociale et solidaire (ESS)? “Avec la solidarité, ce sont les marques de fabrique de l’ESS, relève Anne Le Pochat de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (Cress). Depuis ses origines, cette autre économie répond sous différentes formes (associations, mutuelles, coopératives, fondations) et dans de nombreux secteurs, à des besoins non satisfaits, et accompagne les grandes transitions. Les initiatives privées se sont mises au service de l’intérêt collectif et ont donné vie à des structures employeuses que tout un chacun connaît.”

“La pandémie a suscité un regain d’intérêt pour l’ESS”, atteste Guillaume Fleury, co-président de l’inter-réseau de l’économie sociale et solidaire de l’Anjou (Iresa). Ce qu’Yves Gidoin, vice-président d’Angers Loire Métropole en charge du Développement économique et président d’Aldev, explique: “Les structures de l’ESS incarnent une autre manière d’entreprendre, de produire, d’innover, de consommer, de soigner, d’accompagner, d’employer… Elles véhiculent des valeurs qui donnent du sens au travail, sur fond de cohésion sociale, en complément de l’économie dite classique.”

Sur le territoire, les exemples sont légion. À l’image de Resto-troc, le restaurant solidaire situé dans le quartier Belle-Beille à Angers, et du Secours populaire qui, en mars dernier, ont apporté une solution alimentaire immédiate à des sans-domicile confinés dans un hôtel en périphérie d’Angers. En plaçant l’humain au centre de ses projets et en se donnant pour principe de réinvestir ses bénéfices dans ces mêmes projets, ce secteur aurait-il mieux résisté que l’économie traditionnelle? “La crise sanitaire frappe plus durement les associations qui emploient dans les secteurs de la culture, des sports et loisirs, du tourisme. A contrario, les structures qui œuvrent dans l’aide à la personne ont vu leur activité augmenter”, précise encore Guillaume Fleury.

De l’utilité sociale à la performance économique

“En 2010, le secteur de l’ESS avait mieux résisté, note Karine Fenies, de l’Observatoire du Cress. Nous attendons cependant le deuxième semestre 2021 pour analyser les effets de la pandémie sur le nombre d’emplois.” Avant la crise sanitaire, ce pan de l’économie, qui combine l’utilité sociale, l’autonomie de gestion et la performance économique, pesait près de 18200 emplois dans l’agglomération. Quant à savoir si cette force de frappe jouera un rôle dans le “Monde d’après”? “C’est déja le cas. Beaucoup d’associations du territoire s’inscrivent dans les grandes transitions comme l’économie circulaire, la prévention du gaspillage alimentaire, les déplacements…”, conclut Guillaume Fleury. Et si l’ESS revendique de plus en plus d’autonomie, elle n’en demeure pas moins un véritable partenaire des politiques publiques locales. Sur le territoire, Emmaüs, la Ressourcerie des Biscottes, Angers Mob Services, Envie Anjou, Titi Floris (transport solidaire), Solidarauto, pour ne citer que ces quelques structures, en sont de puissants exemples.

Emmaüs, pionnier de l’économie circulaire

Photo de Bernard Dray et Madeline Pérot
Soixante compagnons d’Emmaüs donnent une seconde vie aux objets sur leur site de Saint-Jean-de-Linières, sous la responsabilité de Bernard Dray et Madeline Pérot. (Photo: Philippe Noisette/Angers Loire Métropole, archives 2019)

Répondre à des besoins sociétaux non satisfaits tout en plaçant l’humain et l’intérêt collectif au centre de leurs valeurs: voici comment les premières structures de l’économie sociale et solidaire ont vu le jour. Un siècle plus tard, l’initiative et l’innovation restent inscrites dans leur ADN. Et c’est bien sur ces fondamentaux que le mouvement Emmaüs s’est construit, voici 70 ans. De la “réparation” de l’homme au grand défi environnemental, “l’association Emmaüs a inventé l’économie circulaire sans le savoir”, s’amuse Madeline Pérot, co-responsable d’Emmaüs Angers. À Saint-Jean-de-Linières, sur le site historique du Sauloup, la soixantaine de compagnons collecte chaque année près de 3000 tonnes de matières en tout genre. “La moitié est remise en vente et 40% rejoignent les filières de recyclage. Quant au tout-venant, il s’équilibre à moins de 15 % du volume total”, précise la responsable.

À ce titre, Emmaüs, acteur de l’économie sociale et solidaire par essence, est un incontournable partenaire de la collectivité. “La majeure partie des matériaux qui seront utilisés, au printemps, pour nos travaux d’agrandissement, seront issus de la récupération, précise à son tour le président, Bernard Dray. Pour l’anecdote, nous allons réutiliser les poutres de l’ancienne patinoire d’Angers.”

En soutien à ce projet d’extension, Angers Loire Métropole vient d’accorder 270000 euros à l’association Emmaüs-Angers. “Cela va nous aider à maintenir notre action sociale auprès des compagnons. Car au-delà des difficultés humaines et sociales liées au confinement de 65 personnes sur un même site, la fermeture des salles de vente a occasionné une perte de près de 300000 euros…”, conclut Madeline Pérot.

A noter
Pour finaliser son projet d'extension, Emmaüs-Angers est toujours à la recherche de matériaux de récupération issus de chantiers et du BTP. Cointreau, la Ville d'Angers, Occamat... ont déjà cédé des matériaux à la communauté. Aujourd'hui, il manque des menuiseries bois anciennes pour achever la future façade de la nouvelle salle de vente. Les particuliers ou organismes disposant de ce matériel (si possible sans amiante et sans peinture au plomb) peuvent s'adresser à l'association Matière Grise, qui fera le relais avec la communauté d'Emmaüs.
contact(at)matieregrise.org ou 07 78 25 36 90

Up Interim, du handicap à l’emploi

Photo de l'équipe de Up Interim
Up Intérim aide à lever les freins à l'embauche de travailleurs handicapés. (Photo: Philippe Noisette/Angers Loire Métropole)

Depuis début janvier, l’agence Up Interim Pays de la Loire a ouvert ses portes aux demandeurs d’emploi en situation de handicap du territoire. Installée à la Roseraie, mais aussi à Nantes, l’entreprise adaptée de travail temporaire (EATT) vise à accompagner les travailleurs en recherche d’emploi, ainsi que les entreprises cherchant à recruter de manière inclusive et à entrer dans le cadre de l’Obligation d’emploi des travailleurs handicapés. "C’est une expérimentation lancée suite à la Loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel de 2018, rappelle Anita Jaunet, directrice générale de l’entreprise. Elle répond à un besoin: lever les freins à l’embauche de ces travailleurs, dont le taux et la durée de chômage est doublée par rapport à une personne valide." L’équipe angevine de Laurence Marcellin propose un accompagnement social et professionnel renforcé par rapport à une agence classique. "Nous avons de bons contacts avec nos entreprises clientes, ce qui nous permet de décrocher plus facilement des contrats." En deux semaines, deux demandeurs d’emploi ont déjà été embauchés grâce à Up Interim. Un début prometteur.
www.up-interim.fr
8 square Dumont d’Urville à Angers
02 72 47 10 38

On a tous quelque chose de l’économie sociale et solidaire

En France, quasiment tous les foyers sont en contact avec l’économie sociale et solidaire (ESS) sans forcément le savoir. Exemples avec les mutuelles de santé et de prévoyance qui couvrent, en France, près de 38 millions de personnes tandis que les mutuelles d’assurance (MAIF, MACIF, Mutuelle des motards…) assurent un automobiliste sur deux et deux habitations sur trois. 60% des dépôts bancaires le sont dans des banques coopératives (Crédit mutuel…). 80% des agriculteurs sont des coopérateurs. 90% des établissements pour personnes handicapées sont gérés par des associations et 90% des services à la personne le sont par une entreprise de l’ESS. Exemple avec l’Association départementale de parents et amis de personnes handicapées mentales (Adapei) qui emploie 1800 personnes sur le plan national dont 800 professionnels dans le Maine-et-Loire. Sur le territoire angevin, l’économie sociale et solidaire est aussi représentée par des associations dans des secteurs très divers. Exemples avec Le Chabada-Adrama, Cinéma Parlant, Alisée (énergie), Apivet (textile)… Mais aussi des coopératives: la Caba, la Sadel, la Caisse d’Épargne, le Crédit agricole, les Folies angevines (culture durable), l’institut Montessori, Podeliha Accession (logement), le Relais pour l’emploi, Titi Floris (transport)… ou encore des mutuelles comme la MGEN et Harmonie Mutuelle.
Information sur iresa.org

"Des moteurs pour accompagner les transitions"

Photo de Yves Gidoin
(Photo: Thierry Bonnet/Angers Louire Métropole)

Yves Gidoin, vice-président en charge du développement économique et président de l'Agence de développement économique d’Angers Loire Métropole

De longue date, Angers Loire Métropole soutient l’économie sociale et solidaire, à travers les chantiers d’insertion par exemple. Aujourd’hui, la collectivité veut aller plus loin pour soutenir tout ce pan de l’économie. Pourquoi et comment?
Dès le début de la crise sanitaire, nous avons tous été frappés par la capacité de ces structures à innover et à se mobiliser rapidement pour apporter des solutions aux besoins des habitants et du territoire. Les acteurs de l’ESS sont potentiellement les plus moteurs pour accompagner les transitions, qu’elles soient écologiques, économiques, sociales. Cela a toujours été le cas. Il y a donc forcément des idées à creuser et des porteurs de projet à accompagner en lien avec les politiques publiques que la collectivité déploie.

De quelle nature pourrait être ces projets?
Dans le contexte de renouvellement urbain en cours dans les quartiers angevins de Belle-Beille et Monplaisir, je pense à ce qui est mis en œuvre pour récupérer les matériaux du bâtiment et des travaux publics, par exemple. Dans un tout autre domaine, nous serons amenés à accompagner des projets de maraîchage pour favoriser la vente en circuit court et, ainsi, répondre à la question du “mieux manger” qui nous anime à travers notre Projet alimentaire territorial et notre démarche, plus large, en faveur de la transition écologique.

Pensez-vous que l’économie sociale et solidaire génère des emplois plus résistants et durables?
La crise sanitaire n’est pas derrière nous. Il est donc impossible de tirer le moindre enseignement de ce type. Ce qui est sûr toutefois, c’est que les structures de l’économie sociale et solidaire, qu’elles soient des associations, des coopératives… créent de l’emploi de proximité non délocalisable. Les principes et les valeurs de ces structures ont aussi la particularité de générer du lien et de la cohésion sociale, de l’implication citoyenne. Ce sont autant de valeurs ajoutées pour notre territoire. 

En chiffres

18 200

Le nombre d’emplois recensés dans les structures de l’économie sociale et solidaire dans l’agglomération en 2019, soit 22% de l’emploi des secteurs public et privé.

3 500

Le nombre d’emplois issus de l’économie sociale et solidaire qui ont disparu, à l’échelle régionale, entre juin et novembre (sources Cress - novembre 2020).

1 375

Le nombre de structures présentes, avant 2020, dans le périmètre d’Angers Loire Métropole. Elles sont 3 700 à l’échelle du Maine-et-Loire.